La machine à dessiner ou l’art aléatoire

La machine à dessiner est un dispositif qui a été créé vers 1955 et qui permet aux spectateurs d’avoir un rôle autre que la simple observation dans une oeuvre d’art. La machine à dessiner est donc une oeuvre d’art qui elle-même en produit grâce au hasard. Ce système fait donc parti des oeuvres d’arts interactives.

L’objectif de cet article est donc de découvrir qu’est-ce que la machine à dessiner représente pour les artistes qui en ont créé.

L’un des pionniers de ce thème est Jean Tinguely. Il est l’un des premiers à réaliser des machines à dessiner dès 1955 et les expose en 1959. Il a réalisé 20 machines qu’il a nommé les “Meta-Matics”. A l’époque, les oeuvres ont créé un débat sur l’art contemporain.

Ses machines sont formées d’une roue motrice reliée par des courroies à une ou plusieurs roues, qui en tournant, entraînent une tige à réaliser un mouvement irrégulier.

 

Dans ce dispositif, le rôle du spectateur est de venir placer à l’extrémité de la tige un médium (tel qu’un crayon, un feutre ou une craie) afin de griffonner la feuille de papier. Grâce à ses oeuvres, Jean Tinguely cherche à prouver qu’une oeuvre d’art n’est pas définie ni achevée puisque ses machines ne produisent jamais deux dessins identiques à cause de la différence de pression, de la fluidité du colorant et de la qualité du papier. Cependant il a toujours refusé de donner de la valeur au résultat aléatoire des dessins.

En cliquant sur ce lien: https://youtu.be/GOo5uq2fH6g, vous pourrez voir une démonstration d’une des machines de Tinguely en action. Voici également un des dessins exécutés par Tinguely avec l’une des Méta-Matics.

dessin tinguely
Tableau aléatoire, Jean Tinguely et une Méta-Matics

Ainsi, la machine, le constructeur et l’utilisateur participent à parts égales à l’œuvre, à la fois sculpture, happening et dessin.

Certains artistes ont travaillé la machine à dessiner comme un outil que l’on porte sur nous. C’est-à-dire que l’homme agirait grâce à son corps dans la réalisation du dessin. Cela se rapproche donc davantage d’une performance mais permet pourtant de créer des dessins uniques.

Yves Klein est une figure majeure de la démocratisation dans l’art qui comme Tinguely parvient à porter atteinte au mythe de l’oeuvre d’art unique.

Cependant à la différence de Tinguely, il crée des dessins aléatoires en utilisant le corps humain comme une machine à peindre et en maintenant sa particularité à n’utiliser qu’une seule couleur. En effet, selon lui la monochromie est quelque chose d’absolu et reproductible à l’infini.

Devenir une machine à peindre est une tentation moderniste pour son époque et grâce à ses oeuvres, il montre que nous suffisons à nous-même pour réaliser un dessin, notre simple corps suffit à créer un tableau. Chez Yves Klein, le fait d’utiliser une seule couleur ne pose pas de problème puisqu’en exploitant les parties du corps de différentes personnes, il est possible de réaliser une infinité de dessins aléatoires.

 

Toujours dans l’utilisation du corps ou d’une partie du corps dans la conception de la machine à dessiner, Rebecca Horn a réalisé plusieurs machines dont l’une appelée “Masque aux crayons” que l’artiste dispose sur son visage. Il s’agit d’un masque de bandes noires qui pressent son visage comme une armure et sur lequel sont fixés des crayons. Elle bouge la tête de plus en plus vite et cela crée un dessin sur le support qui l’entoure. Rebecca Horn est une artiste qui cherche à montrer les extensions corporelles.

En réalisant cette oeuvre, elle nous montre l’extension de notre tête, la capacité que nous avons à la bouger plus ou moins vite ainsi que la capacité à créer des choses, des dessins aléatoires tous différents les uns des autres. C’est finalement un manière de transformer le réel.

 

Enfin, Stelarc est un artiste australien et pionnier de l’hybridation entre corps et technologie. Il considère le corps humain comme étant obsolète et exploite donc les nouvelles technologies pour interroger la société.

L’arrivée des nouvelles technologies tels que les avatars, les corps augmentés ou encore la chirurgie esthétique permet à l’homme de réaliser des fantasmes de corps idéal dans une société où le physique et l’apparence sont très, peut-être trop importants. Avec son légendaire goût pour la provocation, Stelarc travaille sur la prothétisation du corps ainsi que sur l’augmentation de ses capacités avec un système technologique.

Il réalise ainsi des machines à dessiner représentant un bras articulé qu’il additionne avec ses bras et qui finalement l’aide à réaliser non pas avec deux mais avec trois ou quatre mains, un dessin totalement aléatoire. L’utilisation de la technologie dans ses oeuvres interroge sur les peurs existentielles de l’homme sur le devenir et la pérennisation de notre espèce. L’artiste souhaite ainsi faire prendre conscience à la fois de l’importance mais aussi de l’envahissement des nouvelles technologies dans notre façon de vivre.

 

Dans cet article, il est principalement cité des artistes qui ont fortement détourné la machine à dessiner pour dénoncer ou faire passer un message en permettant à l’homme d’avoir un rôle dans l’obtention de dessins aléatoires. Que ce soit l’artiste lui-même qui se mette en scène avec son dispositif ou que ce soit une machine qui incite les spectateurs à l’utiliser pour eux-même créer un dessin aléatoire, ces artistes ont aidé à démocratiser l’art dans la société.

Voici pour conclure cet article, une petite série de photos représentant d’autres machines à dessiner, peut-être plus classiques et plus accessibles de différents artistes du XXème siècle.

 

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 Emeline ROUXEL, ES2, 2017-2018

Bibliographie:
Sources Photos:
  • Jean Tinguely;
– La machine à dessiner de J.0. et celles de Jean Tinguely !, Sylvia Ladic, juin 2014, http://e-cours-arts-plastiques.com/la-machine-a-dessiner-de-j-0-et-celles-de-jean-tinguely/, consulté le 13/11/2017
  • Yves Klein;
– Watch Yves Klein’s Perfomance Act, Zuzanna Stanska, Avril 2017, http://www.dailyartdaily.com/watch-yves-klein-performance/, consulté le 13/11/2017
– Yves Klein, Crédits photos: © Adagp, Paris 2010, http://mediation.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-yves_klein/ENS-Yves_Klein.htm, consulté le 13/11/2017
  • Rebecca Horn;
– Rebecca Horn, 19 juin 2005, rédigé par Lunettes Rouges, sur le site sur journal Le Monde, consulté le 13/11/2017, http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr/2005/06/19/2005_06_rebecca_horn/, consulté le 13/11/2017
  • Stelarc;
– Stelarc, Andreas Lustig, 2017, http://stelarc.org/?catID=20265, consulté le 13/11/2017
  • Conclusion;
https://www.boumbang.com/richard-jackson/
http://damienhirst.com/exhibitions/solo/1994/making-beautiful-drawings
http://olafureliasson.net/archive/artwork/WEK100713/the-endless-study
http://www.lesfilmsdici.fr/fr/accueil/5001-fabienne-verdier-entre-deux-mondes.html

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